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La conférence antiguerre de Beyrouth : quelles alliances pour la gauche ?

samedi 6 janvier 2007, par Webmoudir

Article paru dans l’Angles d’Attac de décembre 2006, bulletin d’information en français d’attac suisse

Une conférence antiguerre et de soutien à la résistance s’est tenue au Liban à la mi-novembre. Divers mouvements altermondialistes libanais, qui s’étaient lancés dans l’organisation, ont finalement abandonné, critiquant à la fois le fond et la forme. Une militante d’attac Liban, qui était présente à la conférence, nous en livre un court et critique compte-rendu.

C’est en pleine agression israélienne qu’a vu le jour la première initiative pour faire, cette année, de la Conférence annuelle antiguerre [1] un événement pour saluer la résistance du peuple libanais. Plusieurs mouvements libanais furent alors contactés par des militant-e-s égyptien-ne-s pour participer à l’organisation de la conférence en Jordanie. Cependant, le pilonnage systématique des artères libanaises, ajouté au blocus, étaient suffisants pour empêcher toute forme de représentation libanaise à la Conférence. C’est ainsi qu’il a été décidé d’attendre la fin de la guerre pour tenir la Conférence à Beyrouth : outre la symbolique du lieu, c’était aussi garantir la présence d’une large part de la société civile libanaise, qui a été très active et solidaire pendant la guerre. Et c’est dans ce cadre-là que Samidoun, un réseau libanais d’ONG, de mouvements sociaux et d’individus, et attac Liban ont commencé à penser l’organisation de la Conférence de Beyrouth.

Cette Conférence se voulait d’abord un espace dans lequel les mouvements de solidarité qui s’étaient formés durant la guerre, dont le réseau Samidoun, les associations altermondialistes comme attac Liban, les mouvements de revendication de droits comme Helem seraient présents [2]. A noter que Helem est un mouvement inédit (et interdit) de revendication de droits des gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels : la loi libanaise, pour ne citer qu’elle, considérant l’homosexualité comme un délit (c’est le cas dans tout le monde arabe).

Rien de tout cela n’a eu lieu. « Doublés » par des organisateurs extérieurs au monde arabe, les mouvements se sont retirés les uns après les autres. En effet, alors que la Conférence avait été prévue pour la fin du mois de novembre, des « invitations » ont été lancées par des militant-e-s libanais résidant en France, proches du Parti communiste, pour le début du même mois. Des « négociations » commencèrent (il était hors de question d’avoir deux Conférences portant sur le même thème et durant le même mois !) mais soudain de nouvelles invitations se mettent à circuler, pour la mi-novembre cette fois-ci, avec comme organisateurs locaux le Hezbollah et le Parti communiste libanais notamment. Ce « premier incident » a amené les mouvements sociaux engagés initialement dans l’organisation à s’en retirer. D’abord pour signifier leur refus de l’unilatéralisme des décisions, ensuite parce que certain-e-s étaient convaincu-e-s que cette soi-disant Conférence antiguerre allait se transformer en carnaval pro-Hezbollah à un moment où les tensions politico-communautaires étaient à leur paroxysme.

Au lieu d’un forum qui aurait montré la solidarité transconfessionnelle (quasi-inédite, vu la nature du tissu social libanais et de son effet structurant sur les identités sociales, politiques, etc...), nous avons eu droit à une organisation unilatérale autour de « personnalités » résidant hors du monde arabe et noyautée par l’appareil du « parti de Dieu » (littéralement, le Hezbollah), venu faire la promotion de sa « victoire Divine » et du Parti communiste libanais sclérosé et moribond. Grande fut par exemple la surprise des participant-e-s, le jour de l’ouverture de la Conférence, de tomber nez à nez avec des patrouilles du Hezbollah avant d’être séparé-e-s, les hommes à gauche, les femmes à droite pour la fouille traditionnelle !

Inutile de préciser qu’ont suivi, pendant deux jours, des discours fleuves, des poings brandis en l’air, des visites « guidées » avec sacs de « souvenirs » (posters, foulards, etc. du Hezbollah), couronnées par une salve de recommandations qui dégagent une forte sensation de déjà vu (ou en l’occurrence de déjà entendu).

De fait, il serait utile de remarquer que celles et ceux qui se prétendent de la mouvance altermondialiste (et plus généralement la gauche) sont de plus en plus schizophrènes. Ils soutiennent un « islam politique », soi-disant parce qu’il est engagé dans la lutte « anti-impérialiste », puis se souviennent, soudain, qu’ils sont supposés être « laïcs » et mettent au pilori un autre islam coupable de complicité avec l’impérialisme.

Le Hezbollah est, certes, engagé dans la résistance contre l’occupant israélien mais il n’en demeure pas moins un parti religieux et conservateur. Qui plus est, il soutient des politiques économiques néolibérales (le ministre démissionnaire du Hezbollah était en charge du dossier sur la privatisation d’Électricité du Liban). Le « parti de Dieu » n’est pas un mouvement de libération nationale ; il ne vise ni à « l’abolition de l’État » ni à « la révolution permanente ». Ce n’est pas une organisation de gauche qui brandirait l’Islam comme un étendard pour souligner un certain « particularisme ». Il fait bel et bien partie de la mouvance islamiste contemporaine. L’Islam politique est parfois perçu comme une sorte de 3ème voie entre le « ni tout-à-fait capitaliste » et le « ni tout-à-fait communiste », à tort ! La guerre froide est terminée, mais il reste à la faire sortir des esprits de certains militants et de leurs pratiques. Car, comme le notait un participant, non sans amertume : « nous voyions cette conférence comme un acte de libération sociale. Libération d’abord par rapport aux carcans confessionnels imposés par la société libanaise. Nous voulions mettre en valeur la solidarité inédite qu’il y a eu entre des jeunes de toutes les communautés durant la guerre. La conférence était aussi, pour nous, une opportunité de montrer autre chose que la dichotomie simpliste Hezbollah - peuple opprimé d’un côté et impérialisme aveugle d’un autre. La vérité est beaucoup plus complexe. Elle est liée à la structure de la société libanaise. Notre moment de libération sociale n’est que différé en raison de cette alliance entre l’islamisme et les résidus d’une tradition stalinienne ». Et le militant d’ajouter « Ce n’est que partie remise » car ne dit-on pas que « Militer, c’est ne jamais désespérer » ?

MN, ATTAC Liban

Lire aussi :
- Quel bilan de la guerre de juillet ? Le Liban entre résistances et politiques néolibérales. Sur le site d’attac liban.
- Été 2006 : nouvelles guerres au Proche-Orient, désordre néolibéral et Grand Moyen-Orient (Angles d’Attac Novembre 2006)
- Quelle attitude pour les mouvements sociaux altermondialistes face aux mouvements religieux dans la crise actuelle ? (Angles d’Attac Septembre 2006)
- La lutte contre la guerre totale entreprise par Israël en Palestine et au Liban : une priorité dans le combat d’Attac contre le nouvel ordre mondial imposé par les Etats-Unis(Angles d’Attac Septembre 2006).

Notes

[1] Le congrès du Caire, au lendemain de l’invasion de l’Irak en 2003, a été en quelque sorte la première conférence antiguerre ; depuis lors, une conférence antiguerre a lieu tous les ans au Moyen-Orient (On citera celle de Beyrouth en 2004 par exemple).

[2] Samidoun : www.samidoun.org Attac Liban : lubnan.attac.org Helem : www.helem.net

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