ATTAC Lubnan Liban Lebanon أتاك لبنان ـ الجمعية اللبنانية لأجل عولمة بديلة
Accueil du site > rubriques فئات > documents وثائق > Les nouvelles énergies seront-elles renouvelables ?

Les nouvelles énergies seront-elles renouvelables ?

dimanche 4 avril 2010, par Webmoudir

Toutes les versions de cet article : [عربي] [français]

La crise écologique et la fin annoncée du pétrole impliquent l’apparition de nouvelles formes d’énergies. La mode est de parler d’énergies renouvelables, ou d’énergies propres. La réalité n’est pas si simple, et les intérêts économiques sont toujours présents malgré l’urgence environnementale.

I – La consommation d’énergie aujourd’hui

La consommation d’énergie au niveau mondial se divise principalement en 3 catégories : l’électricité, la chaleur et le transport. Les sources d’énergies se divisent elles, très schématiquement, en 2 catégories principales :
- les sources d’énergies fossiles (utilisables une seule fois) dont les principales sont le pétrole, le gaz, le charbon, l’uranium
- et les sources d’énergie dites renouvelables (utilisables plusieurs fois) dont les principales sont l’eau (ou son mouvement), le bois (s’il y a replantage), le vivant (traction animale, combustible végétal), le soleil, le vent.

L’ensemble de l’énergie consommée dans le monde (pour le chauffage, le transport et l’électricité) est fournie en majorité par des sources d’énergies fossiles : pétrole à plus de 35%, Charbon 25%, Gaz 20%, nucléaire 5%. Pour les énergies dites renouvelables on trouve le bois 10%, l’hydraulique 5%, la géothermie, éolien et le solaire photovoltaïque environ 1%. 80% de l’énergie mondiale est donc de provenance fossile ! Malgré cela, la consommation mondiale d’énergie a cru et croit sans discontinuer, bien plus rapidement que la population mondiale. Au Liban, c’est plus de 95% de l’énergie totale consommée qui provient du pétrole, les autres énergies présentes étant le charbon, l’hydroélectrique et l’énergie solaire thermique [1].

Or le maximum de la production mondiale de pétrole (peak oil) est probablement actuellement atteint. A ce constat s’ajoute la question écologique, en réalité primordiale : l’écrasante majorité de nos sources d’énergies sont polluantes.

La pollution a en fait des formes et des conséquences très variées :
- les gaz émis par les centrales à charbon et pétrole participent à l’effet de serre et donc au réchauffement climatique,
- les particules contenues dans les fumées rejetées par les transports et les centrales provoquent de multiples maladies respiratoires,
- les déchets nucléaires sont cancérigènes,
- la déforestation nécessaire aux agrocarburants assassine des écosystèmes,
- Les déchets, quels que soit leur forme (nappe de pétrole dans la mer, déchets chimiques divers, fumées, …) contribuent à la destruction de la biodiversité, base de la vie sur la planète. Ils menacent même directement la vie humaine lorsque, comme a Saida, ils sont sous forme de décharge à ciel ouvert.

Face au problème énergétique, la réaction des dirigeants planétaires (les chefs des puissances économiques dominantes que sont les grands Etats et les principales entreprises multinationales) apportent des réponses variées.

II – Les nouvelles énergies en développement

a - Les agrocarburants et les bioénergies
Ces deux notions sont très différentes, mais ont en commun de se baser sur des matières végétales.

Les agrocarburants, souvent appelés biocarburants par effet de mode, sont de l’huile végétale utilisée comme carburant. Ces combustibles agricoles présentent l’énorme problème de nécessiter de grandes surfaces de terres agricoles, prises soit à la forêt soit à l’alimentation et souvent dans des pays où la monoculture s’est développée (Brésil, Afrique de l’ouest) et qui souffrent pourtant de crises alimentaires. C’est donc un mode de production d’énergie à proscrire, sauf peut-être dans les rares cas des surproduction européennes ou nord-américaines qui sont détruites.

Les bioénergies (ou la biomasse) sont les sources d’énergies produites par les déchets végétaux de l’alimentation ou les excréments (la bouse de vache !). C’est une énergie sous-utilisée et à développer.

b – Le charbon propre
C’est une solution peu connue et qui prendra pourtant beaucoup d’importance dans les années à venir. L’électricité est produite par une centrale thermique au charbon classique, dont les rejets de gaz carbonique sont récupérés et stockés sous terre. C’est pourquoi le terme technique désignant cette technologie est CCS (Carbon captation and storage = Captage et stockage du carbone).

Deux types de zones sont envisagés pour réaliser ce stockage, qui est dans tous les cas prévu très profond (autour de 2000m de profondeur) et à très haute pression :
- le stockage dans des zones laissées « vides » par du pétrole pompé au préalable (ce qui nécessite la construction de la centrale sur des ex-sites de pompages, et donc le transport du charbon)
- le stockage dans des couches souterraines rocheuses poreuses, actuellement remplies par un mélange d’eau et de gaz à très haute pression, qu’il faudrait donc pomper en même temps que le gaz carbonique et envoyé sous terre. Là aussi le choix du site s’avère donc primordial.

Cette technologie présente le seul et unique avantage de reporter le problème de l’émission de gaz à effet de serre, elle consiste exactement à cacher les déchets sous le paillasson ! Technologiquement elle est réaliste, et commence à être mise en application aux États-Unis et en Chine. Certaines sources scientifiques [2] évaluent le potentiel de stockage à 10-20% des gaz à effet de serre émis par ces centrales.

Ironie suprême : cette technologie n’est actuellement économiquement pas rentable d’un point de vue purement financier, puisqu’il coûte moins cher de payer le « droit à polluer » une tonne de CO2 que de la stocker ! Néanmoins, au vu des réserves importantes de charbon dont disposent les deux premières puissances mondiales (Chine et Etats-Unis) cette solution risque d’être très présente pour la diminution de l’émission de gaz.

Les deux risques principaux sont géologiques : le tremblement de terre et le rejet subit et massif de gaz (une forte concentration -plus de 5%- de CO2 dans l’air est mortelle).

c – L’énergie solaire
L’énergie solaire est utilisable directement pour produire de l’eau chaude, utilisation largement répandue et qui continue et gagne à se répandre. Cette énergie est bien sûr dépendante de la saison et ne peut être utilisée seule en hiver sous climat tempéré. L’énergie photovoltaïque (la transformation de l’énergie du soleil en électricité) est pertinente pour des unités isolées, du toit au parasol en passant par la voiture.

Les différentes formes d’énergie solaire sont une des pistes qui allient l’intérêt écologique et le confort, mais elles ne peuvent s’envisager seules, elles sont à combiner avec d’autre formes d’énergies déjà bien connues et répandues (éolienne par exemple) mais encore trop peu utilisées. Certaines organisations de développement commencent à promouvoir des « packs autonomie énergétique » alliant un panneau solaire, une éolienne et une batterie dans des zones rurales défavorisées [3].

d – Stockage de l’énergie
Le stockage de l’énergie n’est pas a proprement parler une source d’énergie mais une technique d’utilisation de différentes énergies qui sont produites à des périodes qui ne correspondent pas à la demande. La chaleur de l’été est par exemple emmagasinable dans des nappes phréatiques souterraines puis réutilisable l’hiver.

L’électricité est stockable dans les batteries, mais il ne faut pas s’attendre à des améliorations importante de leurs capacités de stockage (probablement x2 en 15ans) mais plutôt de leur “durabilité”, donc une diminution de leur nocivité pour l’environnement.

D’autres formes de stockages existent (par exemple le stockage hydraulique) et elles sont toutes à développer, car cela contribue à l’économie d’énergie.

e – Et les autres ?
Bien d’autres formes d’énergies nouvelles, renouvelables ou non, existent et sont utilisées ou en développement, nous n’avons parlé que de quelques formes d’énergies nouvelles qui se développeront dans le futur proche, dominé par le marché et et la « croissance verte » [4].

Une dernière source d’énergie doit quand même être mentionnée : l’économie d’énergie ! Le gaspillage de l’énergie se situe à tous les niveaux : du niveau individuel au niveau de la gestion des réseaux. Ainsi l’inadaptation de l’offre et de la demande dans des réseaux souvent très centralisés cause énormément de gaspillage, le développement des réseaux intelligents (smart grids) est une réponse en développement.

III – Perspectives d’avenir et nécessité du débat citoyen

Les pistes évoquées du côté des industriels et des grands états le sont toutes dans le cadre d’un système économique capitaliste inchangé et basé sur le marché. Les avancées se font donc par l’incitation économique des grandes entreprises et les subventions, beaucoup moins souvent par la loi et l’action collective. De nouveaux marchés se développent, dans lesquels les grandes entreprises s’engouffrent, ainsi Areva investit dans l’éolien offshore en même temps que dans le nucléaire, Total dans le charbon dit propre et le photovoltaïque en même temps que dans le pétrole, etc.

Le système capitaliste étant basé sur l’accumulation de richesses privées, il implique une croissance économique permanente, et donc une croissance permanente à la fois de la production et de la consommation d’énergie. Or cela pose deux problèmes fondamentaux :
- une accumulation toujours plus importante de richesses privées creuse inévitablement les inégalités entre les plus riches qui accumulent et le reste de la population.
- une croissance continue de la consommation énergétique est impossible vu le caractère fini de la planète Terre et nos capacités limitées de transformation de l’énergie [5].

Seul l’arrêt de la croissance de la consommation énergétique nous permettrait d’envisager un avenir serein (c’est un des éléments principaux de la théorie de la décroissance ! (degrowth)) et de mieux répartir l’énergie consommée actuellement au niveau mondial, très inégalement répartie !

Dans un monde où les intérêts économiques se confondent souvent avec les intérêts politiques, le seul niveau où des décisions démocratiques se prennent (parfois) est le niveau local, or la centralisation de l’énergie est un pouvoir important dont disposent les dirigeants économico-politiques. Un arrêt de la croissance de la consommation énergétique va de pair avec une relocalisation du pouvoir sur la production et la distribution d’énergie.

Ce rapide tour d’horizon nous a permis de voir que de nombreuses nouvelles pistes se développent, d’une qualité écologique très variable. L’existence de ces pistes est de nature à rassurer, mais selon la logique dans lesquelles elles sont menées, l’horizon peut changer radicalement du meilleur au pire.

Ounsi El Daif

Notes

[1] State of the energy in Lebanon, ALMEE (Association libanaise pour la maitrise de l’énergie et l’environnement) www.almee.org

[2] S’exprimant lors d’une réunion de l’Agence nationale de la recherche (ANR) française sur les énergies nouvelles, http://www.colloques-2009-anr.fr/

[3] Voir par exemple la communication de la Solar Foundation éthiopienne et de Q-Cell (entreprise allemande n°1 mondial de l’énergie photovoltaïque) lors de la 24e European Photovoltaic Solar Energy Conference, Septembre 2009, Hambourg, Allemagne.

[4] Nous n’avons pas cité l’éolien qui est une énergie désormais parfaitement maitrisée et donc pas à proprement parler nouvelle, mais qui se développe.

[5] Limits to growth, par le Club de Rome. The entropy law and the economic process, N. Georgescu-Roegen.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0